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It's enough to make me happy.
Vient l'âge où nous nous regardons : cet être que je suis devenu, qui est-il ? Que vaut-il ? Nous interrogeons le regard des autres, et nous avons peur ; car ce regard trop souvent nous transperce sans nous voir (suis-je inexistant ?) ou se charge d'ironie sinon de mépris (suis-je si ridicule ?). Nous interrogeons les miroirs, et nous sommes déçus, car la réponse est rarement enthousiasmante. Nous interrogeons l'école, et nous ne sommes guère comblés, car elle nous apparaît comme une vaste machine plus préoccupée de nous rendre conformes aux normes imposées que de s'intéresser à chacun de nous. Est-ce que je suis beau ? Est-ce que je suis intelligent ?
A ces deux questions lancinantes, la réponse est "pas comme les autres". Mais "moins bien" ? Ou "mieux" ? Si nous croyons "moins bien", nous nus désolons, nous nous soumettons, et acceptons peu à peu la fatalité d'un destin médiocre. Si au contraire, nous nous persuadons de "mieux", nous nous glorifions, cherchons à dominer, et nous détruisons finalement nous-mêmes en laissant pénétrer en nous ces deux poisons : le désir du pouvoir et le mépris des autres.
N'y aurait-il donc pas de bonne réponse ?
Non, il n'y a pas de bonne réponse, car la question même n'a pas de sens. Elle repose sur une erreur logique : remplacer "différent" par "inférieur" ou "supérieur".
Il ne s'agit pas de nier les différences ; mais de s'en enrichir, de s'en enchanter, et pour cela de les regarder en face, d'en préciser la nature, et d'en comprendre l'origine.
"Moi, je ne suis pas comme les autres." Bien sûr, car mon patrimoine génétique, fruit d'une double loterie, est unique ; unique aussi l'aventure que j'ai vécue. Ce que j'ai en commun avec tous les autres est le pouvoir, à partir de ce que j'ai reçu, de participer à ma propre création.
Encore faut-il qu'on me laisse faire.
Merci, mes parents, dont l'ovule et le spermatozoïde contenaient toutes les recettes de fabrication des substances qui me constituent.
Merci, ma famille, pour la nourriture, la chaleur, l'affection, qui m'ont permis de grandir et de me structurer.
Merci, mes maîtres, qui m'ont transmis les connaissances lentement accumulées par l'humanité depuis qu'elle interroge l'univers.
Merci, vous qui m'avez aimé, de votre irremplaçable amour.
Mais c'est à moi d'achever l'ouvrage, à moi de poser la poutre faîtière. Oubliez celui que vous auriez voulu que je sois. Je n'ai pas à réaliser le rêve que vous aviez fait pour moi ; ce serait trahir ma nature d'homme. Pour que je sois vraiment un homme, vous me devez un dernier cadeau : la liberté de devenir celui que je choisis d'être.
Albert JACQUART
♪ Demasiado Corazon ♪
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